Le podcast Supply Chain Saison 3

Le Podcast Supply Chain c’est un nouvel épisode de moins de 10 minutes chaque semaine consacré aux problématiques du milieu.

Nous y parlons de l’évolution du métier, d’automatisation, de data, d’IA, de coûts, et de beaucoup d’autres notions Supply Chain afin de vous aider à prendre les bonnes décisions.

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#01 : Tension sur l'e-commerce et fatigue des équipes à l'approche de Noël

La France vient de se confiner à nouveau pour une durée minimale d’un mois. Qu’est-ce que ça signifie pour les Supply Chains ?

Malheureusement pour l’économie et la santé, nos craintes d’un deuxième confinement se sont réalisées. On peut se dire que si il y a un deuxième confinement, on ne maîtrise pas encore l’épidémie, et il y en aura probablement d’autres à prévoir jusqu’à ce que l’on trouve un vaccin. Il est vital s’y préparer.

Ce nouveau confinement est inédit dans le sens où il intervient à une autre période que le premier, à savoir avant voir pendant les fêtes de fin d’année. Cela coïncide donc avec une période d’activité majeure pour les Supply Chains, notamment du commerce.

Une très forte problématique de tension va se poser sur les Supply Chains du e-commerce.

Le phénomène est assez simple à comprendre : on a à la fois le pic de ventes de fin d’année, ce à quoi s’ajoute un déport massif des achats qui physiques vers les canaux e-commerce, mais aussi les envois de cadeaux générés par une potentielle impossibilité de se retrouver pour Noël.
On peut s’attendre à ce que les logistiques e-commerce soient saturées et il y a un risque que la promesse exprimée au client ne soit pas tenue. C’est un risque destructeur par rapport à l’image de marque, surtout dans une période de fatigue et de tension.

Nous vous conseillons d’être transparents avec votre clientèle très tôt, et d’inviter vos consommateurs à acheter le plus tôt possible pour éviter ces problèmes d’engorgement.

 

Tu parlais des changements des habitudes de consommation, peut être que des produits se vendront moins également étant donné les circonstances ? Notamment dans l’alimentaire si on ne peut pas se rassembler ?

Dans l’alimentaire on peut s’attendre à une augmentation des volumes dans les commerces, ce qu’il s’était déjà passé pendant le premier confinement puisque les restaurations collectives était fermée. Les écoles restant ouvertes, cette augmentation pourra cependant être plus faible.

En fin d’année, on ne s’attend pas forcément à changement de la typologie des produits mais simplement de leur conditionnement. Si on est en petits groupes, on ne va pas acheter une dinde pour 12 personnes mais peut être seulement une cuisse ! On pourra peut-être observer un glissement de consommation sur des produits adaptés à des plus petits conditionnements.

Au niveau des cadeaux, comme on en parlait au début, il faut envisager que les produits qui s’envoient facilement en colis seront privilégiés. Beaucoup de français vont anticiper de ne pas pouvoir se rendre sur place et de devoir envoyer les colis plutôt que de les remettre en main propre.

 

Quels enseignements peut-on tirer du premier confinement pour aborder ce deuxième ?

Le premier enseignement est de rendre hommage au personnel de la logistique qui a su faire fonctionner les Supply Chains pendant le premier confinement donc on peut se rassurer sur le fait que ça fonctionne également pour le deuxième.

Le point supplémentaire est qu’il y a davantage de fatigue et de la lassitude. Tous les managers doivent être vigilants sur l’état de santé psychologique et de fatigue de leurs équipes, puisque la situation peut devenir lourde. Les périodes de fin d’année sont très actives pour les professionnels de la Supply Chain et cela peut être très difficile à passer en termes de charge mentale.

D’autre part, les entreprises qui ont fait des efforts de digitalisation de leurs outils de pilotage vont évidemment passer cette période plus facilement que les autres, qui risquent d’être submergées pas une masse de travail considérable, sans avoir les outils d’automatisation pour alléger la charge des équipes. Par ailleurs, leurs historiques de consommation seront totalement atypiques ce qui compliquera le pilotage l’année prochaine.

Il est aujourd’hui presque certain que nous vivrons plusieurs re-confinements. Il est indispensable pour les Supply Chains de se préparer pour cette course d’endurance où on enchaîne les sprints, qui sont très éprouvants pour tout le monde, donc plus que jamais, la priorité est sur l’accompagnement des équipes et le fait de leur donner des outils qui leur permet d’être efficaces.

#02 : "Faire soi même" pour digitaliser sa Supply Chain, est-ce une bonne idée ?

Manuel, quel est ton regard sur le choix de développer les solutions en interne afin de se digitaliser ?

C’est effectivement un sujet important en ce moment puisqu’on se rend compte que les entreprises qui se sont digitalisées sont bien mieux armées pour faire face à la situation actuelle. On le voit avec les entreprises du retail qui ont proposé rapidement un service de Click and Collect, on le voit aussi dans l’industrie où on est obligé de mettre des espaces entre les personnes pour des raisons de santé, il y a besoin de plus d’automatisation parce qu’une partie du personnel ne pouvait pas venir travailler pendant le premier confinement, et pour certains ne peuvent pas pendant le deuxième.

On voit bien que le sujet de la digitalisation est fortement rendu nécessaire par la crise.

Il y a pas mal d’entreprise qui se décide pour le faire en interne, et ce n’est pas forcément une mauvaise idée. Il y a des sujets qui sont au cœur du métier sur lesquels l’entreprise doit s’approprier un minimum de connaissances et de savoir-faire technique sur cette digitalisation. C’est typiquement le cas dans la Supply Chain comme on le voit chez Vekia, il y a un certain nombre de choses qui peuvent être mises en place pour planifier pour organiser le travail avec des outils relativement simples, que les entreprises peuvent faire émerger d’elles-mêmes.

Je dirais que la difficulté à laquelle vont se confronter les entreprises qui vont le faire en interne concerne plutôt la maintenance et la performance à long terme.

Il y a deux grands sujets :

  • La maintenance : les personnes qui ont conçu le système en général sont des personnes qui ont un regard technique, informatique, data… Dans la durée, ça ne va pas être facile pour eux de passer d’un rôle de concepteur à un rôle de maintenance, d’entretien, et de support pour les utilisateurs. La première difficulté pour les entreprises est de pérenniser l’énergie initiale afin de la faire vivre dans le temps, la pérenniser, et faire de l’amélioration continue, avec des personnes qui ne sont pas forcément motivées par cette mission ni même formées. Il est important de bien réfléchir le plan à long terme, et de se demander “Comment je vais faire pour entretenir cette solution tout en gardant la maîtrise, en la faisant progresser petit à petit, et en ayant des personnels qui vont pouvoir répondre aux questions de utilisateurs et m’aider à améliorer le process ?”
  • D’autre part, on se rend compte que les entreprises qui essaient de faire par elles-mêmes perdent du temps. Tout simplement parce que l’état de l’art sur un domaine particulier avance beaucoup plus vite que beaucoup n’en ont la perception.
    Pour la prévision de la demande par exemple, aujourd’hui ce n’est pas très compliqué de faire venir un stagiaire ou une entreprise pour mettre en place des algorithmes de prévision de la demande qui sont relativement performants. Mais est-ce que ce qu’ils vont mettre en place va vraiment répondre à votre enjeu business ?
    Cela nécessite une analyse et de l’expérience. Avoir le meilleur algorithme ne fait pas tout, il faut avoir la chaîne de valeur complète, de l’utilisateur, des process, des données, des algorithmes, qui vont faire que ça va être le plus performant pour vous.

Donc c’est intéressant de faire en interne au début pour s’approprier sujet et le comprendre, mais vous pourrez perdre du temps par rapport à des niveaux de performances que vous pourriez attendre et sur lesquels des entreprises concurrentes sont déjà en train de travailler.

Notre constat et qu’il y a besoin d’avoir des acteurs qui permettent à des entreprises de s’autonomiser dans la mesure du possible sur la digitalisation. Mais ces entreprises ont besoin d’aller plus vite en bénéficiant d’une expérience. Elles ont besoin aussi d’un partenaire dans la durée pour faire ce que les équipes ne vont pas savoir faire ou ne pas avoir envie de faire : l’exploitation, le support, la réponse aux utilisateurs etc…

Quand est-ce que développer en interne peut être un bon choix ?

Ça peut être un bon choix lorsque l’entreprise a quelque chose d’unique, par exemple un procédé technique sur lequel elle n’a pratiquement aucune chance de trouver une solution sur l’étagère, ou un partenaire qui va voir le savoir-faire pour traiter ce point. Dans chaque entreprise il y a des sujets uniques.

Pour des sujets qui sont transversaux ou plutôt standard, comme le recrutement assisté par ordinateur ou la gestion des carrières pour les RH, ou des sujets juridiques sur lesquels l’IA peut aider, cela représente une perte de temps et d’argent à mon avis.

Comment procéder si aujourd’hui on a envie de digitaliser sa Supply Chain ?

Il faut se demander quels sont ses enjeux business majeurs, créés par la crise ou non, et à long terme comment faire pour accélérer sûr ces forts enjeux. Sur des sujets Supply Chain ça peut concerner la disponibilité, le BFR immobilisé dans les stocks, des OPEX, des nouveaux modèles commerciaux qu’il faut mettre en place, etc…

Ça part donc de l’enjeu. Ensuite, pour y arriver je pense qu’il faut effectivement se faire accompagner par un partenaire qui est spécialisé sur le sujet, mais aussi embarquer le Top Management qui doit avoir une vision de la bonne façon de faire, et créer une équipe. C’est absolument essentiel. Beaucoup de gens disent “pour faire de l’IA il faut d’abord avoir des Data”, certes mais ce n’est peut-être pas ça le plus difficile.

Avoir une équipe pluridisciplinaire, avec des gens qui vont avoir accès aux données, d’autres qui vont connaître le métier, les utilisateurs, les process… Ce sont d’abord des gens qui sont déjà dans l’entreprise qui vont constituer cette équipe dans laquelle on peut faire rentrer aussi de la connaissance technique, en intégrant pas exemple un Data Engineer ou un chef de projet IA qui vont pouvoir piloter cette équipe.

L’écosystème technologique est tellement énorme aujourd’hui qu’on trouve des solutions existantes pour tout faire, quasiment.

La question est “Qu’est-ce qu’on veut faire et qui va le faire ?”

Voir « Podcast Supply Chain by Vekia S2 #4 : Les prérequis à l’automatisation »

#03 : Table ronde AI for Industry et la matrice PPDA

Manuel, tu as participé à une table ronde à propos de l’IA dans l’industrie en compagnie d’Etienne Delille et Aimé Lachapelle. De quoi avez-vous parlé ?

C’était un grand plaisir d’enregistrer cette Table Ronde avec des cas pratiques de l’utilisation de l’IA dans l’industrie.

Etienne Delille nous a parlé de l’utilisation de l’IA dans le diagnostic précoce de maladies chez les animaux. Par l’apprentissage d’un grand nombre de radios de chats, ils ont réussi à avoir 2 ans à l’avance par rapport à diagnostic vétérinaire, une identification des futurs problèmes rénaux, ce qui permet d’ajuster alimentation. C’est un cas très intéressant dans l’aide à la décision.

Cliquez ici pour assister à la table ronde

Pour ma part, j’ai parlé de l’exemple qu’on a mis en place avec Engie sur l’optimisation des stocks de pièces détachées dans les agences est dans les camionnettes. Puis la discussion a ensuite pas mal tourné autour de des conditions de réussite d’un projet d’Intelligence Artificielle dans l’industrie. J’ai donc parlé des cinq prérequis dont on a déjà parlé, et également de la méthode PPDA qu’on a développée récemment pour garantir la réussite des projets.

 

Est-ce que tu peux expliquer en quoi ça consiste ?

Le PPDA est d’abord issu du retour d’expérience de plus de 10 ans d’essais, de réussites mais aussi de quelques échecs. On s’est rendu compte qu’il fallait non seulement les prérequis dont on a parlé, mais que quand on a un projet d’installation de l’IA, il y avait aussi des points particulièrement importants à surveiller.

PPDA ça veut dire tout simplement : People Process Data Algorithms, et dans cet ordre.

La partie « People » : une conduite du changement est très importante quand on transforme fondamentalement la façon dans les gens travaillent. On a un point de vigilance particulier sur le fait que l’environnement de travail, le rôle, les outils mis à disposition des utilisateurs, sont cohérents par rapport à leurs objectifs, et qu’ils disposent de suffisamment d’informations pouvoir continuer à faire leur métier. On passe également le temps suffisant à expliquer le fonctionnement pour qu’il y ait une bonne compréhension de l’Intelligence Artificielle, et également qu’ils soient au contrôle du système pour qu’ils aient le bon niveau d’information pour pouvoir bien faire leur travail.

Pour le deuxième P qui est Process, on s’est rendu compte que l’intelligence artificielle, en particulier dans la Supply Chain, pouvait changer radicalement la façon dont les gens travaillent. On va supprimer une grande partie des tâches répétitives et changer la façon dont les équipes collaborent.
Il faut reposer les bases des process pour arriver à une cohérence globale avec l’ensemble des autres processus de l’entreprise, et s’assurer que les entités qui ne sont pas impactées directement par le projet aient aussi les bonnes informations en entrée et en sortie, pour pouvoir continuer à fonctionner harmonieusement avec le processus qui a été modifié.

Ces 2 premiers P de PPDA sont ceux qui mobilisent 80 % de l’énergie dans un projet parce que ce sont les sujets qui embarquent le plus de monde.

Souvent quand on parle de projet l’Intelligence Artificielle, on pense aux Data et Algorithms, les deux dernières lettres.

La partie Data est évidemment un sujet important. C’est un sujet de travail continu sur lequel il faut investir du temps, des moyens de correction de données, d’amélioration des processus de saisie, … Il faut aussi « brancher » les systèmes entre eux, vérifier quelles sources extérieures à l’entreprise peuvent apporter de la valeur, etc…

Enfin, le dernier A ce sont les algorithmes, qui sont de plus en plus disponibles et assez faciles à prendre en main. Il y a cependant un certain nombre de points de vigilance sur les algorithmes, pour s’assurer qu’ils vont être stables dans le temps, qu’ils vont continuer à avoir des bonnes performances sur les cas limites, et aussi qu’ils vont être explicables. On sait aujourd’hui que l’explicabilité est un des facteurs fondamentaux dans la réussite des projets d’Intelligence Artificielle.

 

Comment on vérifie concrètement la réussite pour chacune des lettres ?

Niveau méthodologie, il y a deux points.

Le premier, ce sont des tableaux de bord qui vont se structurer sur ces quatre axes, avec les bonnes questions à se poser et les différents points à monitorer.

Le deuxième ce sont des KPIs, qui nous permettent de vérifier qu’il n’y a pas de d’angle mort. Par exemple, sur la partie people, on peut avoir des scores d’adhésion à l’utilisation de la solution. Sur la partie process, on peut monitorer la performance globale et suivre son évolution, etc…

#04 : Comment aborder Noël avec l'incertitude actuelle

Comment gérer l’incertitude actuelle dans la gestion des stocks à l’approche de Noël ?

On n’a jamais eu une situation aussi incertaine à une période de très forte activité comme celle de Noël. On ne sait pas si on pourra se voir en famille, on ne sait pas quels magasins vont être ouverts et quand, c’est difficile d’anticiper les choses de manière précise.

Néanmoins, il y a des manières de faire qui permettent de mieux s’en sortir dans ce genre de situation. Quand on est dans de l’incertitude, on a tendance à faire 2 erreurs :

  • Penser que certaines choses relativement certaines, ne le sont plus ;
  • Au contraire, confondre des convictions avec des certitudes.

Pour gérer dans un contexte incertain, on doit revenir aux faits, aux données, aux informations, et de vérifier sil s’agit d’une certitude, d’une croyance, ou d’une possibilité.

Quand on a bien cartographié cela, on aura un terrain de jeu intellectuel plus clair.

 

On sait que si des informations sont quasi certaines, il y a toujours une part d’erreur possible. Les probabilités peuvent-elles aider dans ce contexte ?

En effet, il a des degrés dans la certitude et dans l’incertitude. Les probabilités sont le meilleur outil pour mesurer ce degré.

La plupart des outils de gestion de stock font des prévisions, ce qui est évidemment très utile pour se représenter ce qu’il va se passer. Mais souvent, quand on utilise ces prévisions pour calculer des stocks, on fait comme si elles étaient certaines. En réalité, on sait qu’une prévision ce n’est pas ce qu’il va se passer, mais ce qu’il pourrait probablement se passer. C’est la notion de probabilités qui permet de faire la différence entre les deux. Elles rationalisent la mesure de l’incertitude.

Sans probabilités, le seul moyen de gérer l’incertitude au niveau stock est le stock de sécurité, ce qui coûte une fortune, encombre les plateformes, et n’est pas du tout efficace.

Il faut les piloter en fonction du degré réel d’incertitude, grâce aux probabilités.

 

C’est un peu le jeu du Supply Chain Management de vaincre l’incertitude…

Oui, si on savait tout d’avance, ce serait extrêmement facile.

La petite incertitude du quotidien, les probabilités sont capables de la gérer de manière automatisée. Par contre, l’intelligence humaine est le seul moyen de gérer cet incertain exceptionnel.

Dans les moments d’incertitude, il est important d’explorer les limites : Quel est le pire scénario ? Le meilleur ? Quels sont entre ces extrêmes, les différents degrés de scénarios possibles et qu’est ce qui les différencie en termes d’actions à mener ?

 

Pour résumer, pour Noël on doit se baser sur ce qui est certain et faire des scénarios ?

Oui, sans tout de même oublier les convictions car elles peuvent faire la différence.

#05 : Une Supply Chain moins polluante et les annonces gouvernementales

Comment rendre sa Supply Chain moins polluante ?

C’est un enjeu qui devient de plus en plus important, notamment grâce aux normes RSE qui évoluent. Si on se focalise sur l’environnement, il est assez clair que les Supply Chains sont des sources de pollution.

D’abord, le transport, qui est une activité majeure de la Supply Chain, ça pollue. Il y a des camions sur les routes qui ne sont pas suffisamment remplis (en moyenne aux 2/3 en France), des transporteurs de containers, du transport aérien… Grâce à des technologies d’optimisation, on peut mieux remplir les camions et réduire le transport de manière relativement importante.

Le transport n’est pas le seul vecteur de pollution.

D’abord, le coût environnemental de la production et des matières premières, qui s’aggrave encore lorsque l’on produit trop et que l’on doit détruire. C’est ce qu’il se passe dans le domaine du luxe par exemple. Un enjeu très important est de mieux quantifier les stocks dont on a besoin, pour éviter les destructions, le transport, et la production inutiles. On sait qu’on peut réduire jusqu’à 30% du stock et la pollution qui y est liée.

Enfin, la pollution passe aussi par la consommation de terrains agricoles par la construction d’entrepôts. Tous les 10 ans en France, c’est l’équivalent d’un département qui est bétonné en plus. L’enjeu est de maîtriser cette construction.
Aujourd’hui, par une optimisation du stockage et de la distribution, on peut réduire ses surfaces de stockage de parfois 30%.

Chez Vekia, nous sommes convaincus que la Supply Chain peut faire mieux grâce à de meilleurs outils d’optimisation.

 

Revenons rapidement sur les récentes annonces gouvernementales : Qu’est ce que ça change au niveau de l’incertitude liée à Noël sont nous parlions la semaine dernière ?

On y voit plus clair en termes d’organisation, notamment au niveau du commerce. Les Français semblent vouloir dépenser plus que l’année dernière, avec un maintien très fort de l’e-commerce.

Cependant, il reste une part d’inconnu relative au comportement des Français durant cette phase pandémique : Vont-ils se réunir en famille ? Quand vont-ils acheter ?

Il est important de garder un pilotage serré, de regarder en temps réel les remontées des ventes pour prendre des décisions d’approvisionnements rapidement. Ce sera forcément plus difficile que les autres années, il faut garder l’optique de fonctionner avec des scénarios. Les scénarios extrêmes le sont moins qu’avant les annonces, mais une part de flou persiste.

GUEST 01 : Jean-François Gomez, passeur passionné

Tombé dans la tech a une époque où il faillait 16ko de mémoire pour faire tourner Flight Simulator, Jean-François a toujours surfé sur l’innovation : Internet, OSS, Linux, Java, XML, WebServices, Cloud, SaaS, … Aujourd’hui chez Microsoft et avec son background d’architecte SI, il challenge les métiers notamment du commerce et de la distribution sur leurs transformations.

J’ai le plaisir de le recevoir dans ce nouveau Podcast dans lequel il nous partage son parcours et surtout sa perception de la transformation de la société.

Nous entrons dans un nouveau monde qui va reposer de plus en plus sur l’humain, la technologie et qui aura comme impératif la préservation de l’espèce.

4ieme révolution industrielle ou bouleversement anthropologique au même titre que la découverte de l’écriture ?

Nous évoluons progressivement dans un monde en réseaux, en graphes, où la performance de chaque entreprise, organisation, individu est le résultat de sa capacité à intégrer des chaînes de valeur à la vitesse du marché, ou de les quitter.

Dans ce monde, chaque acteur doit être très clair sur sa proposition de valeur, et donc ses valeurs, pour être reconnu. Chaque acteur, nœud, consomme et fournit des services à d’autres acteurs présents dans sa proximité. Avoir un solide écosystème est donc un élément fondamental dans ce monde en permanente transformation. C’est la garantie de l’agilité dans le respect de sa mission et donc de ses invariants. La performance est alors le résultat direct de la capacité de faire preuve d’audace en s’associant à de nouvelles chaînes de valeurs. Et cela doit être vrai à toutes les échelles de l’entreprise et donc de l’individu.

La vitesse de composition ou de destruction des chaînes est un élément majeur de performance. Les deux éléments clés de l’équation sont : La transparence (confiance et lisibilité de la proposition de valeur) et la richesse de l’écosystème par le nombre et la diversité. On bascule d’un monde de rapport de force à un monde de partage de flux… « un monde préindustriel » mais avec la puissance de la technologie ?

De nombreuses initiatives technologiques ou/et sociales y ressemblent : prêts entre voisins, « cultivé sur place », recyclage, fait maison, travail sur lieu de vie, fin de l’anonymat, du formaté, blockchain et impression 3D …

Ce n’était pas mieux avant mais demain ça peut l’être, mieux… Pour cela il y a urgence à traiter le long terme : toute minute passée à résoudre un problème de l’est pas à créer le futur.

Et concernant la Supply Chain, elle doit épouser ces nouveaux enjeux : agilité, vitesse mais également prévisibilité et respect de l’environnement et l’individu. Cela se fera naturellement comme pour les entreprises et individus avec plus de transparence, d’ouverture des modèles, et un usage massif de la technologie.

#06 : La recherche opérationnelle, alter-ego du Machine Learning

En quoi consiste la recherche opérationnelle ?

Avant tout, expliquons pourquoi on doit en parler. Le pilotage des stocks passe par deux grands sujets : la prévision de la demande et la prise de décision dans les approvisionnements. Cette prise de décision nécessite une optimisation autre que du Machine Learning, c’est ce qu’on appelle la recherche opérationnelle.

Que la recherche opérationnelle va-t-elle permettre de faire ?

Prenons l’exemple d’un gestionnaire de stock qui doit passer des commandes à ses fournisseurs. Il a devant lui plusieurs fournisseurs possibles pour un même produit, certains avec des remises commerciales, d’autres avec des francos de port, certains qui ne fournissent pas toutes les références dont il a besoin, etc. Pour trouver la façon la plus avantageuse de faire la commande, il faut simuler tous les scénarios différents.

Avoir des algorithmes d’optimisation qui vont chercher à résoudre ce problème, c’est un exemple basique de recherche opérationnelle.

Elle permet aussi de faire des choses beaucoup plus avancées, comme calculer les stocks en cascade sur plusieurs niveaux de la Supply Chain (MEIO), même dans des structures en réseaux qui s’échangent du stock mutuellement et continuellement.

Il y a aussi le multi-step, soit prévoir plusieurs commandes à l’avance pour repousser encore les optimisations possibles.

Ce sont des questions très compliquées pour lesquelles le cerveau humain n’est pas très bon, et pour lesquelles la recherche opérationnelle est la discipline scientifique.

La recherche opérationnelle apprend-elle aussi du passé ?

Il y a deux grandes familles dans la recherche opérationnelle :

Les solvers : Résout un problème d’optimisation sous contraintes. Ils fournissent une solution exacte qui est la meilleure possible. Ils ne capitalisent pas sur le passé. Les métaheuristiques : Des approches d’optimisation qui peuvent intégrer une couche de Machine Learning, afin qu’ils se souviennent de leurs solutions précédentes pour tout nouveau problème. Cela permet d’avoir des solutions qui arrivent plus vite, qui sont plus faciles à expliquer, et qui sont plus modulaires en termes de mise en œuvre informatique.Elle fait partie pleinement de l’IA. Chez Vekia, on l’articule avec le Machine Learning. Notre moteur de recherche opérationnelle prend les prévisions probabilistes en entrée, les combines avec les contraintes, puis trouve ce qui va rapporter le plus à l’entreprise utilisatrice. De plus en plus, on calcule la meilleure solution en euros et non plus en quantités.

Voir : A quoi sert l’approche probabiliste dans l’automatisation des approvisionnements par Alexandre, Head of Research Lab

Quel message veux-tu passer sur la recherche opérationnelle ?

Aujourd’hui, on investit plus sur les algorithmes de recherche opérationnelle que sur les algorithmes de prévision. Une des prochaines grandes avancées dans la Supply Chain, est que les algorithmes de calcul de stocks seront intrinsèquement prévisionnels, on ne passera plus par une étape de calcul de prévision.

#07 : Quelles solutions Supply Chain choisir ?

Quels logiciels sont les plus importants pour piloter sa Supply Chain aujourd’hui ?

Il y a en effet beaucoup de vendeurs et de technologies en lien avec la Supply Chain aujourd’hui. Pour les opérationnels et les décideurs ce n’est pas évident de s’y retrouver.

Pour moi (Manuel), il y a 4 couches :

– La couche d’exécution physique (palettes, entrepôts, camions, …). Cette couche est pilotée par des logiciels de type ERP, WMS, TMS.

– La couche de pilotage classique ou d’exécution logicielle : On y retrouve des logiciels qui permettent d’avoir de la visibilité, ce qu’on appelle régulièrement end-to-end visibility, pour savoir à tout instant où se trouve le stock dans la chaîne. Ils permettent généralement de trouver l’information dans le présent, dans le passé, mais rarement dans le futur. Nous sommes convaincus qu’il y a un avantage à étendre cette visibilité sur le futur. Au niveau du pilotage il est classiquement fait par des outils de Business Intelligence, qui restent utiles pour aller chercher des informations.

– Le pilotage intelligent : qui prennent des décisions d’approvisionnement en fonction du contexte et proposent des commandes optimales. Cette troisième couche est de plus en plus importante pour optimiser sa Supply Chain.

– La couche de définition structurelle, qui cherche à définir la meilleure structure pour la Supply Chain, afin de savoir où positionner les entrepôts, quelles routes mettre en place entre eux, quelles capacités de transport sont nécessaires, quelles sont les conditions d’achat optimales, etc…

Transversalement à ces solutions, on a généralement des datalakes pour stocker les données de la Supply Chain et les utiliser de manière opérationnelle.

Comment choisir les solutions à mettre en place en priorité ? A-t-on besoin de tout ? Comment cohabitent-elles ?

Cela va dépendre des enjeux de l’entreprise.

Dans l’e-commerce ou un environnement omnicanal, un OMS pourra être prioritaire pour savoir dans quel point de stockage aller chercher l’article pour chaque commande afin de livrer le plus vite possible et dans les meilleures conditions.

Aujourd’hui avec le COVID, il y a beaucoup d’enjeux autour du cash et donc du niveau de stock et des coûts opérationnels, qui vont pouvoir être améliorés par une solution de pilotage.

Une Supply Chain plus locale aura peut-être moins besoin d’une solution de transport ?

Effectivement un TMS sera plus intéressant pour une Supply Chain globale avec du stock qui peut venir du monde entier avec des modalités de transport très différentes.

Un autre axe pour définir les priorités est par rapport aux niveaux de maturité  des Supply Chains. Des cabinets comme Gartner ont défini des niveaux de maturité. On observe que beaucoup de Supply Chains sont encore en mode “réactif” avec un peu d’anticipation. Pour ces Supply Chains, l’enjeu est de devenir capables d’optimiser en avance grâce à une visibilité future, et de changer leur structure pour s’adapter à la demande.

Des évolutions assez fortes arrivent dans ces sujets grâce au Machine Learning et au Digital Twin par exemple.

Est-ce pertinent de choisir une solution “qui fait tout” ?

On a toujours un compromis entre quelque chose qui fait tout, et quelque chose qui fait mieux un enjeu précis.

Nous pensons qu’il est préférable de viser un outil unique par couche. La communication entre ces couches se fera évidemment par la donnée, mais aussi par la communication entre les acteurs de ces couches.

Le logiciel qui fait tout a l’avantage d’une simplicité apparente, mais il est rarement optimal par rapport aux enjeux précis de la Supply Chain.

#08 : Les enseignements de 2020

Quels enseignements peut-on tirer de cette année pour la Supply Chain ?

D’une manière générale, c’est une année exceptionnelle qui a eu des impacts vraiment négatifs sur certains domaines de l’entreprise et certains secteurs d’activité. Il ne faut pas oublier que c’est une crise avec des impacts négatifs sur beaucoup de domaines et de personnes.

Néanmoins, en tant que professionnel de la Supply Chain, c’est une année extraordinaire. En termes d’avancées, c’est incroyable de voir autant d’évolutions fortes en une seule année.

Dans les derniers jours par exemple, le sujet Supply Chain a enfin été reconnu comme un sujet professionnel majeur au niveau gouvernemental, qui va être porté par un ministre. C’est quelque chose pour quoi les professionnels se sont battus pendant plus de 20 ans.

Autre élément, avec le Brexit, plus la crise sanitaire, on se rend compte qu’il n’y a quasiment plus aucune communication de marchandise avec l’Angleterre.

Ce sont des choses qu’on ne pensait pas voir arriver et qui se sont produites.

En termes de structuration de la Supply Chain, le premier confinement a apporté un niveau de digitalisation en très peu de temps, maintenant la plupart des gens savent travailler en remote. Des évolutions fortes également dans les modalités de consommation et d’achat, en B2C au niveau e-commerce, mais également en B2B.

C’est donc une année pendant laquelle la Supply Chain a gagné énormément de temps en transformation des états d’esprit et des outils en faisant face à des situations incroyables (confinement, fermeture des frontières, mise à l’arrêt de certaines zones de sourcing, …). Malgré tout les Supply Chains ont continué de fonctionner avec un niveau d’exécution tout de même fort.

Cela dit, on sort de cette année avec des équipes fatiguées, peut être plus que dans d’autres professions car il a fallu tenir avec du temps humain, du travail parfois artisanal, ce qui met en lumière des manques sérieux sur les outils.

Ce dynamisme va-t-il durer selon toi ?

La crise sanitaire va se prolonger sur l’année 2021. Ca va contribuer à renforcer de nouvelles habitudes liées à cette crise, notamment l’e-commerce. La digitalisation et le télétravail vont aussi perdurer.

L’autre aspect, malgré tout, les entreprises se sont affaiblies en termes de trésorerie, certaines ont des dettes à rembourser. Elles sont donc face à une opportunité d’accélérer la digitalisation, et une nécessité d’améliorer très rapidement leur situation de trésorerie et de cash.

C’est le moment des grands travaux et il serait dommage de ne pas en tirer pleinement parti en faisant des petites modifications plutôt que de rattraper le retard en apportant des évolutions majeures. N’oublions pas que sur certains aspects, notamment dans le retail, la France n’est pas le pays le plus en avance au niveau digitalisation. C’est le moment d’aller chercher ces améliorations.

Lors du premier confinement on s’est rendu compte que la Supply Chain ne pouvait pas s’arrêter. Est-ce que ça va changer des choses ?

Ca a contribué au fait que la Supply Chain soit considérée comme un élément clé au niveau gouvernemental. Dans les COMEX également, ça a été un révélateur de l’importance de cette fonction mais aussi des zones d’ombre et des manques qu’elle peut avoir.

Quels seraient tes conseils pour 2021 ?

Beaucoup de quick wins sont possibles pour booster la performance. Des outils comme le nôtre demandent peu de temps d’intégration et délivrent des résultats rapidement sur la trésorerie et les performances.

En parallèle, il y a encore et toujours les sujets Data qui restent critiques.

#09 : Nos souhaits à la Supply Chain de 2021

Qu’est ce que l’on peut souhaiter à la Supply Chain en 2021 ?

On ne souhaite pas une année comme 2020 pour la Supply Chain car c’était vraiment une année difficile, une année qui a mis en lumière beaucoup d’éléments de force et de fragilité des Supply Chain.

2021 sera vraiment l’année du passage au second plan de la pandémie, les campagnes de vaccination ont commencées, elles vont porter leur effet et vont permettre dans la deuxième moitié de l’année de revenir à une régime plus normal.

Ce qui va être intéressant en 2021 c’est de prendre connaissance du paysage qui est laissé derrière l’épidémie en terme de structuration Supply Chain.

Il y a un certain nombre de choses qui sont déjà très claires, le e-commerce est sorti fortement renforcé dans le B2C mais également dans le B2B, le fait de pouvoir vendre sur internet va devenir absolument vital en 2021.

Le travail à distance rend également la modalité du travail au quotidien pour les équipes fortement transformée, avec des risques forts de délitement des relations,  qui sont des vrais risques pour les entreprises et qui devront être traités en 2021.

Sur l’aspect technique et technologique, la pandémie a mis en évidence des diversités de maturité technologiques qui sont très fortes au sein d’un même secteur industriel et géographique.

La digitalisation n’est pas une fin en soit, mais on se rend bien compte au courant de l’année 2020 que les entreprises qui avaient fortement avancé là dessus on été plus en capacité que les autres d’analyser en profondeur ce qui se passait en temps réel et d’avoir une plus grand résilience.

La diversification du sourcing, la distribution multicanal deviennent des choses essentielles, et les entreprises vont avoir beaucoup d’intérêts à travailler sur la résilience de leurs Supply Chains pour les rendre beaucoup plus agiles. Cela passe par la digitalisation, qui va permettre d’aller chercher l’automatisation, permettant de redonner du souffle aux équipes, de dégager du temps et de l’intelligence humaine mais aussi des niveaux de performances durables supérieures.

La Supply Chain va être un sujet qui va être dans les priorités des entreprises pour 2021, et où un des enjeux sera de ne pas se disperser et de construire des fondamentaux solides pour affronter les cinq, dix prochaines années qui vont être très transformantes et appliquer une forte sollicitation sur les Supply Chains.

Est ce que ce retour à la normale va être compliqué ?

Il n’y aura pas de retour à la normale sur tous les aspects, il y aura une forme de retour quant au travail au bureau, mais pour le fonctionnement des Supply Chains, les esprits ont été profondément changés, les sociétés occidentales vont rester face à des gros enjeux et les entreprises qui les composent aussi, des enjeux qui font que la capacité des Supply Chains à s’adapter au contexte va devenir un élément vital pour le développement des entreprises, donc ce retour à la normal est très relatif.

Quels seraient les souhaits que tu aurais pour cette année ?

Pour les professionnels de la Supply Chain je souhaite que cette année soit une année de reconnaissance de leur travail, au delà de ce qui a été fait pendant la pandémie.

Je souhaite que la Supply Chain devienne pour tout le monde une évidence de leadership fort des entreprises et que tous ceux qui y travaillent au quotidien soient écoutés car ce qu’ils font est essentiel pour le développement long terme.

Pour revenir au vaccin, sans Supply Chain derrière le vaccin, il n’y a pas de vaccination.

Je souhaite  donc que la Supply Chain soit reconnue à son juste niveau d’importance et que les professionnels soient reconnus pour le travail incroyable qu’ils font tous les jours, une année apaisée où ils pourront s’inscrire sur les fondamentaux solides que sont la digitalisation et la compétence des équipes.

#10 : Est-ce le bon moment pour penser à l'économie circulaire ?

Quels avantages présente l’économie circulaire pour une Supply Chain ?

On voit beaucoup l’économie circulaire sous un axe environnemental, mais c’est aussi un sujet de souveraineté. Par exemple L’UE a décidé d’investir fortement sur l’économie circulaire pour se détacher de la dépendance sur les matières premières critiques.

Ca peut être aussi un sujet de résilience pour la Supply Chain, quand on a une disruption de sourcing, l’économie circulaire peut aider.

On peut la définir par opposition à l’économie linéaire, qui consiste à extraire des minerais, en faire de la matière première, la transformer en objet, les vendre, et les détruire / recycler après leur utilisation.

L’économie circulaire va au-delà du recyclage, en donnant une nouvelle utilisation au produit en le réinjectant un certain nombre de fois dans le circuit de distribution, soit en totalité soit en partie, en réutilisant ses pièces, l’objet en lui-même, ou les matériaux qui le composent.

On se dit souvent qu’e recyclant on fait de l’économie circulaire, or ce n’est pas tout à fait vrai. Si par exemple on prend une canette de soda recyclable à 70% tous les 3 mois, en partant d’une tonne d’aluminium, au bout de 4 ans il ne reste plus 3 kg.

L’économie circulaire va impacter fortement les Supply Chains, et c’est aussi une bonne nouvelle car se sont des projets qui permettent d’engager les équipes sur des choses innovantes. Dans le domaine de la pièce détachée, il est évident que lorsqu’une machine tombe en panne, certaines pièces peuvent être réutilisées. Ces pièces peuvent être réinjectées dans la Supply Chain pour servir à la réparation d’autres machines. Ca pose évidemment un niveau de complexité plus important car pour une même référence de pièce on peut avoir différents niveaux d’usure, on va donc avoir un redécoupage des références.

Quels sont les prérequis au niveau technologique pour passer à l’économie circulaire ?

Il y a une nécessité d’adapter les outils. Il y aura plus de références, mais aussi de nouvelles informations de traçabilité pour être en mesure de garantir l’origine et l’état de la pièce.

Cette complexité appelle naturellement à l’automatisation. Chez Vekia, nous avons déjà des cas clients qui réutilisent des pièces détachées remises en état.

Les outils technologiques sont indissociables de l’économie circulaire. Elle est un des enjeux qui peut être mis en avant dans les projets de transformation. Elle répond à des contraintes réglementaires qui arriveront dans les prochaines années, elle embarque le collectif, et elle permet d’augmenter la résilience de la Supply Chain en réduisant la dépendance aux fournisseurs extérieurs.

On sait que les entreprises sont fragilisées au niveau de leur trésorerie. Est-ce un sujet qui peut quand même être prioritaire en ce moment ?

Oui car cela agit sur deux grands axes prioritaires en ce moment : la résilience, et la maîtrise des coûts. Pour certaines pièces industrielles, c’est un moyen de limiter les coûts d’acquisition en les ayant en stock. Bien souvent, avoir une pièce d’occasion immédiatement disponible est une bien meilleure solution que d’avoir une pièce neuve disponible dans plusieurs jours.

Beaucoup d’entreprises le font depuis longtemps, il ne s’agit donc pas d’inventer ce concept mais simplement de le généraliser.

Cela va aussi accompagner le glissement du commerce de l’acquisition vers l’usage. Dans le monde industriel par exemple avec les moteurs d’avion qui aujourd’hui sont loués par heure de vol, qui arrive dans le pneu également, Décathlon qui teste ce concept en Belgique aussi. Ce glissement de l’économie va amener un glissement du fonctionnement des Supply Chains, qui seront de moins en moins focalisées sur la distribution de produits neufs, et de plus en plus sur la mise à disposition de matériel dans un bon état d’usage.

#12 : La place de l'initiative dans la Supply Chain

#11 : La logistique du vaccin

Il y a en ce moment un sujet qui semble évident, la logistique du vaccin contre la pandémie, un sujet qui illustre la complexité typique de la supply chain, pourrais-tu nous détailler cela ?

C’est en effet un très bel exemple et c’est l’opportunité pour le grand public de comprendre plus en profondeur pourquoi la supply chain, qui a l’air pourtant si facile est en fait beaucoup plus complexe qu’on ne le pense. Cela permet également de mettre un coup de projecteur sur les professionnels qui sont derrière et qui effectuent un métier très important. Le vaccin est caractérisé par beaucoup de points qui en font une complexité de gestion importante, le premier étant la chaîne du froid, avec un vaccin qui se conserve à -80°C, un premier ingrédient qui apporte des contraintes.

Ensuite vient la notion de sécurité, ce n’est pas un produit anodin, il ne doit pas être volé ou trafiqué et n’importe qui ne doit pas y avoir accès, apportant une complexité de stockage.

On sait aujourd’hui qu’avec le premier vaccin on peut vacciner environ 500 000 personnes par mois, en comptant deux doses par personnes, ce qui fait que nous sommes dans une situation de gestion de pénurie, il faut donc qu’il y ait un stock qui soit distribué de manière égale sur toutes les géographies.

Ces 3 problématiques révèlent que sans une organisation et une réflexion solide, on se rend compte qu’il peut y avoir une grande perte de doses, il faut donc avoir des centres de vaccinations suffisamment massifs, au risque de perdre les doses décongelées non consommées à temps. Sans une prévision précise du flux de personnes à vacciner, il risque d’y avoir des problèmes. On se rend compte donc que la gestion n’est pas évidente, l’état en a pris conscience en déployant sa stratégie et j’espère qu’il est équipé de bons outils de répartitions du stock pour que cela se fasse en perdant le moins de doses possibles.

D’après les calculs, il faudrait donc plus d’un an pour vacciner la population estimée prioritaire, comment cela va t-il se gérer d’un point de vue logistique ?

Nous sommes dans une exemple standard de pénurie de la capacité de production, les entreprises confrontées à ça diversifient leurs sources d’approvisionnement et il faut donc avoir d’autres laboratoires avec d’autres vaccins sur le marché qui permettront de passer à des capacités plus importantes chaque mois. Il faudra donc de nombreux mois pour parler d’immunité collective, qui selon l’OMS sera atteinte d’ici 2022. Il y a donc encore un énorme enjeu sur la logistique du vaccin qu’il faut réussir à faire monter en puissance.

En sait-on plus aujourd’hui sur la manière dont cette logistique est gérée ?

Ce ne sont pas des informations publiques mais on se doute qu’il y a des outils de traçabilité qui seront mis en place puisque ce sont des produits dont il faut pouvoir tracer entièrement le parcours. Le but est donc de pouvoir garder un équilibre entrée-sortie qui soit bon, pour avoir un maximum de personnes vaccinées le plus rapidement possible et avoir une fragmentation du stock suffisante pour aller sur tout le territoire, mais pas trop pour ne pas avoir des pertes, voilà l’enjeu du sujet.

On remarque que les sujets abordés dans ce podcast s’appliquent pratiquement tous à cette logistique, qui est devenue finalement un cas d’école.

Exactement, j’espère que ce cas servira dans les universités où la logistique et la supply chain sont enseignées et qu’il suscitera des vocations, que ce sont des décisions qui réunissent des considérations d’efficacité économique, sanitaire, de choix politiques, et que tout cela est finalement le quotidien des personnes gérants des stocks dans les entreprises, je voudrais donc leur tirer mon chapeau et mettre en avant l’importance de leur travail puisqu’ils ont cette opportunité d’être en lumière aujourd’hui.

#13 : Season Final, le regard d'un ex-novice en Supply Chain

Existe-t-il des optimisations de la SupplyChain qui ne concerne pas les flux ?

Effectivement, la notion de flux est centrale dans la SupplyChain, l’objectif d’un entrepôt est de réceptionner et d’expédier, pareil pour un point de distribution ou un magasin retail sauf qu’il s’agit de vente, on est donc bien sur une logique de flux.

Néanmoins, avec du recul, on se rend compte qu’avec tout ces flux qui traversent les sites, les stocks commencent par s’accumuler au bout d’un moment (invendues, pièces non utilisées), ces accumulations peuvent peser assez lourd sur la Supplychain.

Il peut y avoir d’autres raisons, par exemple, les pièces nécessaires à des réparations sur les machines, les stocks de sécurité ou stratégique peuvent alors être très élevés alors qu’il y a peut être d’autres moyens de les gérer.

Un certain nombre d’entreprises ont pris l’initiative de se dire “tous ces stocks accumulés qui ne tournent pas doivent être remis en circulation”, autrement, faire savoir entre les sites, les business units ou même entre les pays que tel ou tel confrère possède du surstock et quel tel ou tel confrère a un besoin, et ainsi organiser le transfert plutôt que de racheter.

C’est un enjeu qui peut avoir des économies d’échelles considérables en terme d’économie sur le stock.

Il existe un certain nombre d’activités où la question suivante pourrait se poser “est ce que je sais où j’ai du surstock et où est ce que j’ai de la pénurie”, ce qui permet également de donner de la valeur économique à un stock dormant.

C’est un axe d’économie circulaire mais également un axe d’économie immédiate pour les entreprises, du gain facile et disponible.

C’est également une initiative qui va créer des ponts et lier différentes entités d’une même entreprise qui pourraient autrement ne jamais se parler, ce qui est important pour la cohésion et le collaboratif, particulièrement en ce moment.

Pourquoi cela n’était-il pas fait avant ?

Deux raisons : On ne sait pas ce que peuvent avoir les autres comme pièces, la première nécessité est donc d’avoir ces informations, deuxièmement, les entreprises doivent mettre en place un philosophie expliquant que cela est possible et même recommandé.

Quel est le message à retenir ?

Tout cela est très représentatif de la SupplyChain de demain, une Supplychain plus environnementalement responsable, plus efficace en terme de cash et plus collaborative.

Ce sont des concepts très engageants et impliquants pour les collaborateurs et les résultats sont positifs sur ces démarches.

La tendance est de donner de l’initiative au terrain, à l’intérieur d’un cadre qui soit suffisamment clair pour tout le monde mais aussi assez souple pour que chacun puisse avoir ses propres idées et créer de la valeur à son propre niveau.

Qu’est ce qui t’as le plus frappé quand tu as découvert le domaine de la SupplyChain ?

Avant de rejoindre Vekia je n’avais aucune idée que ce qu’était Vekia, j’avais 18 ans quand j’ai rejoins la boîte et je ne comprenais pas la Supplychain, après 5 ans chez Vekia j’ai pu comprendre un peu plus ce milieu, un sujet central à la société d’aujourd’hui, basée sur de la consommation et des achats.

La Supplychain intervient finalement dans tout, et dans tout ce que l’on fait, il y a toujours une question de logistique, d’optimisation, que cela soit au niveau économique, ou environnemental et c’est cela que je retiens.

Beaucoup de chemin a été parcouru mais il reste encore beaucoup à faire pour avoir une Supplychain parfaite, et c’est cet objectif qui m’a attaché à ce que l’on fait chez Vekia.

Est ce que tu t’attendais à cela, en terme d’organisation, d’outillage, de métier ? Qu’est ce qui te frappes encore aujourd’hui ?

Etant un tout jeune diplômé, je n’avais pas vraiment d’attentes, mais aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que tout cela est très complexe.

Quand on est chez Vekia, la solution paraît comme une évidence, on se demande pourquoi tout le monde ne possède pas une solution comme la nôtre, pourquoi le marché n’est-il pas compréhensif par rapport à ce que l’on propose et pourquoi devoir éduquer autant, ce qui était mon rôle, de faire comprendre que ce sont des choses qui importent, pour la planète, le consommateur ou l’entreprise.

Il y a donc une complexité qui m’est encore inexplicable.

Oui en effet, cela est dû à la multiplicité, notamment à une échelle où l’on parle de milliers de références sur des centaines ou des milliers de site, avec une demande qui est fluctuante, variable et pleine d’aléas. C’est cela qui explique cette complexité.

Que dirais tu à un jeune qui voudrait rejoindre le monde de la Supplychain ?

C’est une sujet qui peut paraître un peu “old school” de base, mais c’est justement cet angle qui mérite d’être travaillé.

Pour quelqu’un avec mon profil, je dirais que c’est un milieu qui mérite d’avoir une image moins vieillissante, et j’espère que j’ai pu y contribuer, car c’est un sujet moderne, avec des technologies dernier-cri et des enjeux futurs, sociétaux et environnementaux non finis et actuels. Voilà ce que je dirais.

En effet c’est un sujet d’avenir, complexe, qui rend service à la société tous les jours, un sujet qui va être clé dans l’évolution de la société et sur lequel des métiers sont en train d’émerger.

Cela m’a aussi permis de me rapprocher de l’IA et de ses problématiques, qui ont une place prépondérante chez Vekia mais aussi dans notre société et qui soulève certaines peurs et certains débats, pour moi c’est une nouvelle révolution, un outil qui nous améliore, nous rend plus efficace et nous permet de nous concentrer sur d’autres sujets.

C’est vrai, notre mission dans les métiers de la SupplyChain c’est d’aider à connaître ses sujets, son rôle, faire connaître ses enjeux et ses contraintes, et il est important que chacun puisse en appréhender les atouts et les limites